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Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

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Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

Message par Lovely le 22.02.13 11:45

Je tiens à partager pour ceux à qui sa intérésserais ou ceux qui doute de celà. Le vaudou et sacrifice humain, qui peut détruire une personnes et détruire sa vie. C'est un fénomènes réel qui touche de prêt quelqu'un que j'aime.
Je fais copié seulement les passages les plus intéréssants et corriger certains mots et terme créole afin que vous compreniez mieux.

Source: http://www.potomitan.info

La population indienne de la Martinique est elle aussi particulièrement
représentée dans l’imaginaire du pacte diabolique. Tous nos informateurs ont en
effet insisté sur les relations étroites que les «coolies» (mot d’origine
tamoule signifiant: «salarié») entretiennent avec le diable. Cette composante
ethnique, arrivée sur l’île dans les débuts de la période post-esclavagiste pour
contribuer au maintien d’un système économique perturbé2, est donc l’objet de représentations que nous allons
analyser ici. C’est surtout à travers la cérémonie du «Bon-Dieu coolie»3 que sont lus les signes d’un engagement avec le
diable, et il va donc nous intéresser de connaître l’image qu’en ont les
personnes que nous avons rencontrées.

La figure de l’Indien diabolique et le «Bon-Dieu coolie»


Commençons tout d’abord par examiner la représentation générale qu’ont nos
informateurs des Indiens. Celle-ci, nous venons de le dire, fait de ces derniers
des contractants privilégiés, des personnes tournées vers le Mal et expertes en
ce domaine. Un jeune homme, parlant de l’individu qui a dû vendre au diable son
ami qui a disparu, nous le présente, tout en s’interrogeant sur son identité,
dans les termes suivants:


R : Je crois que c’est quelqu’un, une
dame, je ne sais pas, un monsieur. Tu vois, parce que les gens font ça! C’est
quelqu’un qui te dit: «Viens chez moi», et c’est bon! Mais normalement ça se
fait plus (davantage) à Basse-Pointe. Il y a beaucoup de ça à
Basse-Pointe (...), parce que ce sont des coolies qui habitent là, et ce sont
des coolies qui font ça.

Q : Il y a beaucoup de coolies
là-bas?


R : Ah ouais ! C’est des coolies qui
font ça!

Q : Ils sont forts...?

R : Ah ouais ! Ils sont vraiment
forts!
Il poursuit son explication un peu plus loin en introduisant cette fois ci la
référence au Bon-Dieu coolie:


R : Les coolies sont vraiment forts
dans ça parce que... Tu ne connais pas le «Bondyé- Kouli»? On monte sur
les coutelas, tout ça, c’est pour ça. Les coolies sont vraiment forts dans ce
domaine, les coolies. Vraiment forts!

Q : Ce sont eux qui ont le
plus de pouvoirs


R : Ah ouais!
Les Indiens sont vraiment « forts » pour vendre une personne au diable et en
retirer quelque bénéfice. Mais leur excellence en la matière vient de la
cérémonie qu’ils pratiquent, qui leur procure un pouvoir supérieur à ceux de
tous les autres engagés. Ainsi, si Basse-Pointe - cette ville côtière de
l’extrême nord de l’île - est un haut lieu des affaires diaboliques, c’est pour
la bonne et simple raison qu’elle accueille une importante concentration
d’Indiens:


Alors je te dis que ces gens-là, c’est plus du côté des Indiens que l’on
entend dire qu’il y a des pactes. C’est plus du côté des Indiens parce qu’il y a
des coolies là, je te dis leur « Bon Dieu coolie », toutes leurs espèces de
machins, c’est pour avoir des biens ! Et quand tu vas du côté de Basse-Pointe,
de Macouba, il y en a hein ?! »

R : Et encore un fois, c’est un pacte
(la cérémonie du Bon-Dieu coolie). Ils font un pacte avec l’esprit
malin.

Q : Et ils ont la richesse par là
aussi?


R : Oui-oui! Les Indiens? Ah oui! Ce
sont les plus riches! Tous les Indiens!
Ici l’accent est particulièrement porté sur la recherche des biens, des
richesses, et la fonction précise de la cérémonie nous est donnée: elle est
l’occasion de pactiser avec le diable et, par voie de conséquence, de
s’enrichir. Il est possible que l’intégration globale de la population indienne
ait été telle que ses membres connaissent aujourd’hui une situation économique
et sociale dans l’ensemble confortable, ce qui expliquerait la constatation de
cette informatrice qui affirme que «tous les Indiens» sont «les plus riches».
Nous ne disposons pas de données à ce sujet, mais cette hypothèse n’est pas à
écarter, car elle mettrait alors en lumière l’existence de motifs
supplémentaires à ces accusations de commerce avec le diable qui touchent ce
groupe avec insistance. Une «sociologie spontanée» serait ainsi à la base de
cette représentation particulière du Bon-Dieu coolie, et y trouverait un moyen
de donner un sens à la récurrence observée d’une réussite majoritairement
attachée à cette population.


Mais si ce facteur explicatif est à considérer avec précaution, un autre est
par contre beaucoup plus fiable en ce qu’il nous est explicitement suggéré dans
certains entretiens. Il concerne le domaine religieux, et rend compte du poids
dans ces représentations de la dénonciation chrétienne opérée envers un culte
non chrétien. En effet, si la cérémonie du Bon-Dieu coolie est stigmatisée de
manière si négative, associée qu’elle est au diable et au pacte, c’est souvent
en vertu de son caractère «païen». Cette idée est exprimée de manière
particulièrement claire dans l’entretien suivant, même si des subtilités sont
introduites, ce à quoi nous devrons être attentifs

Mère : Il y a des Indiens, des coolies ici qui
n’ont pas cette culture-là (la culture indienne/ tamoule). Il y a
beaucoup d’Indiens ici qui sont à l’église catholique, ils sont chrétiens, et il
y a des Indiens ici qui sont indiens, ils font leur Bon-Dieu coolie.

Fils : Même le Bon-Dieu coolie ça a une
vibration vraiment horrible! Ouais! Ça a une vibration horrible! Ah Ouais! On
dit: «Bon-Dieu coolie», mais...

Mère : On dit: «Bon-Dieu coolie», c’est
pour ne pas dire qu’on est avec les diables!

Fils : Parce que pour moi il n’y a pas
ni de «Bon-Dieu coolie» ni de Bon-Dieu Blanc, il n’y a qu’un seul Dieu tu vois?
Et ce Dieu-là se manifeste autrement, tu vois? C’est comme des petits pactes,
des petits pactes qu’ils font.

Q : Parce que c’est vraiment
diabolique ce qu’ils font les coolies? C’est ce que tu veux dire?


Mère : Ça c’est leur...

Fils : ... C’est leur truc. (...) Ils
appellent leur Dieu mais ce Dieu-là a une vibration vraiment terrible parce que,
attention, tu ne fais pas n’importe quoi là! Tu arrives là, par exemple dans ces
trucs-là... Si par exemple tu es trop machin, que tu es là et que tu les gênes:
ils te le disent tout de suite hein? Ouais! Ça ne peut pas passer! Pour couper
la tête d’une bête d’un seul coup de coutelas, tu vois...? (...) Tu vois, ce
qu’ils font là ce sont des petits pactes aussi pour avoir des trucs, un
renouvellement, ce ne sont pas des trucs diaboliques. (...).

Mère : (...) Il y a des Indiens, à
cause de leur maladie ils font ce genre de truc et puis la personne guérit.

Fils : Mais toutes les années il faut
refaire, renouveler le même Bon-Dieu coolie pour la personne, sinon le jour où
elle ne renouvelle pas le Bon-Dieu coolie, elle tombe! Tu vois, c’est un genre
d’engagement. Tu es obligé de le renouveler, du moment que tu as fait le pas eh
bien c’est la ruine. (...). Mais il y a «coolie» et «coolie»! Il y a des coolies
qui ne sont pas coolies! Mais il y a des coolies qui sont... Ceux qui ont
vraiment la culture eh bien ils sont mystiques!

Mère : Et ces gens-là ne participent
pas à l’église hein Ils se marient entre eux! (...) Ils font leurs mariages chez
eux...

Fils : Les coolies c’est un peu... les
coolies c’est les coolies! (...) Tu vois? Mais ils sont avec tout le monde! Mais
leur mouvement de Dieu tout, ça c’est eux-mêmes!
Si ce jeune homme propose une vision plus nuancée, sa mère en revanche
revient à deux reprises sur la non-participation des Indiens à la religion
catholique, ce qui lui semble être visiblement un bon critère de définition des
membres de ce groupe. Une première fois négativement, en nous disant que
certains Indiens font partie de l’Église et sont chrétiens, à la différence de
ceux qui sont restés fidèles à leur culte qui se livrent aux cérémonies du
Bon-Dieu coolie, et une seconde fois en insistant sur le fait que ces derniers
se marient entre eux en dehors de cette même Église.

On sent donc que leur intervention répétée dans l’imaginaire du pacte est due
à la particularité de leurs croyances et de leurs cultes, qui se distinguent
radicalement d’une norme religieuse posée, et qui éveillent donc les soupçons
des non-initiés qui jugent déviantes ces pratiques. De plus, l’isolement, ou
plutôt le retranchement des membres de la population indienne semble se
surajouter à cette «déviance» religieuse et contribuer à l’apparition de ces
représentations («Ils font leurs mariages chez eux»).

Le fils de cette dame donne par contre, en parallèle aux propos de sa mère,
une image plus nuancée de la cérémonie du culte du Bon-Dieu coolie (sa mère qui
affirme sans détours: «On dit «Bon-Dieu coolie», c’est pour ne pas dire qu’on
est avec les diables!»). Pour lui, «ce ne sont pas des trucs diaboliques». Mais
la description qu’il en fait rejoint pourtant la thématique des procédures
d’engagement avec le diable que nous avons examinées auparavant. En effet, il
parle tout d’abord de «petits pactes» que réaliseraient les officiants «pour
avoir des trucs», et qui demanderaient des «renouvellements » chaque année sous
peine de voir le bénéficiaire de ces recours «tomber». Ce jeune homme le dit
sans ambages «c’est un genre d’engagement».

Ainsi, la terminologie employée est très proche, sinon identique, de celle
usitée pour rendre compte de l’engagement avec le diable, en tout cas tel qu’il
nous a été décrit dans les parties précédentes. Car l’engagé «diabolique», le
contractant lambda, doit lui aussi répondre aux sollicitations répétées de son
maître s’il ne veut pas être pris (rappelons-nous que le diable demande sa
contrepartie tous les ans), et c’est bien d’un pacte qu’il s’agit là aussi. En
somme, il n’y aurait pas de différence formelle entre la réalisation d’une
cérémonie de Bon-Dieu coolie et la réalisation d’un engagement «standard», et la
seule caractéristique - essentielle - qui pourrait les singulariser serait que
ce dernier engagement se réalise avec le diable quand les officiants indiens se
tournent vers les divinités qui sont les leurs.

Le passage précité nous donne donc une vision complexe de cette cérémonie en
ce qu’il mêle deux approches différentes (celle de la mère, et celle de son
fils) d’un même phénomène. Dans l’une comme dans l’autre, la thématique du pacte
revient pourtant, même si cet invariant est teinté de nuances inconciliables:
Bon-Dieu coolie diabolique, Bon-Dieu coolie non diabolique mais en partageant le
principe et la forme extérieure, c’est là semble-t-il affaire de degrés.

D’ailleurs, la représentation de notre informatrice trouve un écho dans les
propos du prêtre catholique que nous avons rencontré. Celui-ci met au jour ce
qui restait latent dans les dires de la première. Interrogé sur l’attitude
qu’ont ses ouailles envers cette cérémonie Indienne, il nous répond:


Eh bien on ne veut pas y entrer. Un chrétien n’a pas à... non!
Non-non-non-non! On suppose qu’il y a un rapport quelconque avec le démon!

Son intervention a le mérite d’être claire. Un chrétien n’a pas à
s’introduire dans ces pratiques dont on suppose qu’elles exposent le participant
au diable. Ainsi, ces ethnostéréotypes empruntent le canal religieux pour
affirmer une identité par un mouvement d’exclusion: exclusion de l’ «autre»
religieux. Mais les stéréotypes qui concernent les cérémonies de Bon-Dieu coolie
peuvent s’attacher également à la nature de l’être sacrifié aux dieux. Et en ce
domaine, est-on bien certain qu’il s’agit d’un animal?...

Des sacrifices... mais quels sacrifices


«De mémoire de maquerelleuse des Terres-Sainvilles, monsieur Jean ne fut en
retard qu’une seule et unique fois dans sa vie: le jour où ce damné quimboiseur
de Grand Z’Ongles décida, par on ne sait quel hasard, de sortir exactement à
l’heure où l’instituteur descendait l’avenue Jean Jaurès. On connaissait les
habitudes du manieur d’herbes maléfiques, on savait qu’il ne pointait le nez
dehors qu’en plein midi, heure diabolique s’il en est puisque celle où les
enfants pouvaient disparaître à tout jamais, leur chair innocente étant fort
appréciée (prétendait Radio-bois-patate) dans les sacrifices indiens pratiqués
au quartier d’Au Béraud. On faisait donc place nette devant Grand Z’
Ongles.»

Raphaël Confiant, L’Allée des soupirs, p.
34-35
Les romans de Raphaël Confiant invitent souvent à leur bord ce thème du
sacrifice d’enfants. Que l’histoire se déroule au cours de la seconde guerre
mondiale, sous le règne despotique de l’amiral Robert (Le Nègre et
l’Amiral
), à la fin 1959, dans un contexte d’émeute populaire (L’Allée
des soupirs
), ou dans le creux des années 50 de son enfance (Ravines du
devant jour
), l’Indien diabolique, sacrificateur notoire de petites bêtes à
deux pattes, se montre toujours égal à lui-même dans le sourd arrière-fond des
paroles environnantes. Et cet imaginaire, qui nous est disponible dans ces
écrits qui veulent justement en rendre compte, nous intéresse. Il est vrai que
ces représentations particulières du Bon-Dieu coolie ou des activités de ses
participants ont dû changer, et sans doute s’éteindre dans l’ensemble, mais il
reste que le thème du sacrifice d’enfant - ou du sacrifice de personnes humaines
en général - se remarque encore dans certains propos que nous avons pu entendre
(même s’ils n’impliquent pas tous nos informateurs).

Nous proposons donc de faire tout d’abord un tour d’horizon littéraire de ces
représentations accentuées (toutes focalisées sur le même thème) pour entendre
ce qui a pu être dit, et ce qui est parfois dit encore, de ces cérémonies.
Alors, suivons le romancier, ce marqueur de paroles:


«Je buvais les paroles de Ziguinote, ma main serrée dans la sienne. On
prétendait qu’il faisait du quimbois avec les os des morts, qu’il était
tafiateur, qu’il était fou, que son sexe était ravagé par la vérette, qu’il
enlevait des enfants pour les sacrifier dans les cérémonies de bondieu-couli et
patati et patata. Tout ça n’était qu’un lot d’abominables calomnies. Il se
comportait comme un vrai père, alors qu’il n’avait jamais eu ni femme ni
progéniture.»

Raphaël Confiant, L’Allée des soupirs, p. 195


«Man Yise ou tante Emérante n’ont cesse de te mettre en garde contre les
cérémonies du Bondieu-couli. A ce qu’il paraît, leurs prêtres se servent de la
chair d’enfant pour satisfaire les désirs carnivores de leur multitude de dieux.
Elles disent «carnivores» mais, plus tard, tu apprendras qu’elles ont voulu dire
«cannibales», lequel mot ne fait pas partie de leur vocabulaire français
forcément limité.»

Raphaël Confiant, Ravines du devant jour, pp. 96-97


«La foule gloussa comme une trâlée de coqs d’Inde. Ils commençaient à
emmerdationner les gens, tous ces coulis malpropres qui envahissaient
Fort-de-France depuis quelque temps. On se demandait comment le maire, Victor
Sévère, malgré la prédestination de son nom, pouvait tolérer pareille chose.
C’est comme si la vérette les avait tout bonnement chassés de leurs savanes à
boeufs de Macouba et de Basse-Pointe. La maréchaussée ne les soupçonnait-elle
pas d’enlever des enfants afin de manger leur chair ou pour les sacrifier à
Mariémen, leur déesse maléfique? Chaque année maintenant, une famille pleurait
une marmaille égarée et qui n’était pas revenue en dépit des pèlerinages à la
Vierge de la Délivrance et des messes d’action de grâces. Et puis, c’est une
sacrée bande d’hypocrites, oui! Tu passes près d’eux, ils ne sont que l’ombre
d’une ficelle. Ils se font tout petits, ils baissent les yeux dans les dalots
qu’ils balayent avec une lenteur désespérante, mais dès que tu les a dépassés,
tu sens la braise de leur prunelles sur tes épaules et tu es certain qu’ils te
traitent de salopetés exprès pour accorer tes affaires de la journée.»

Raphaël Confiant, Le Nègre et l’Amiral, p.
205
Tous ces romans situent leur histoire avant 1960, et l’on voit combien les
représentations du Bon-Dieu coolie mettent l’accent sur la barbarie des
sacrifices qui y sont pratiqués. Le motif du cannibalisme pointe même dans le
dernier passage cité, en s’offrant comme le prolongement de cette idée. Ces
trois extraits restituent donc un imaginaire dans lequel l’Indien apparaît comme
un être maléfique, sournois et hypocrite, qui n’hésite pas à enlever des enfants
pour satisfaire ses dieux, en les sacrifiant au cours de cérémonies mystérieuses
dont le véritable sens est inconnu, mais l’utilité supputée.

En effet, et nous revenons maintenant à nos informateurs, ces sacrifices sont
effectués en vue d’obtenir de ces divinités la réalisation d’un quelconque
souhait, et s’inscrivent en cela dans les termes d’un commerce avec l’au-delà.
C’est ainsi que nous sont présentées les choses par une femme que nous avons
rencontrée, qui ajoute à cet imaginaire de l’Indien diabolique une dimension
supplémentaire en faisant intervenir une référence au culte vaudou pour décrire
la cérémonie du Bon-Dieu coolie:


(...) Et les Indiens ils font beaucoup de vaudou, ils font beaucoup de
danses, de... Tu as entendu parler du «Bon-Dieu cooli»? C’est en quelque
sorte... c’est encore une autre histoire cette histoire d’Indiens qui, par le
vaudou, par leurs danses, par le Bon-Dieu coolie demandent à leur Dieu telle et
telle chose: c’est encore un pacte. Ils ont un enfant malade: ils organisent un
Bon-Dieu coolie. Ils promettent à leur Dieu telle et telle chose, que ce soit de
l’argent, des sacrifices d’humains ou d’autres choses.(...).
C’est l’utilitarisme de la cérémonie qui est ici mis en avant: celle-ci est
effectuée en vue d’obtenir une guérison, et demande pour ce faire le don d’une
contrepartie, argent ou sacrifice humain. Mais la référence au vaudou est
surprenante. Elle témoigne de la non-connaissance des cultes Indien et Haïtien,
et apparaît comme portée par une sorte de fantasme qui amalgame deux univers
étrangers pour former une vision originale et terrifiante d’une cérémonie
redoutée et puissante.

Pourquoi puissante? Parce qu’elle a des effets sur les éléments naturels, et
qu’elle peut donc influer sur leurs mouvements, leurs humeurs. Au premier rang
de ceux-ci: l’eau, la mer. Étendue déjà chargée de forces dans l’imaginaire,
nous l’avons vu, elle est ici dépassée par plus fort qu’elle, et ne peut rien
faire d’autre que de subir les conséquences du rituel prolongeant le Bon-Dieu
coolie. Les manifestations sont attestées: une folie prend la mer qui se cabre
en houle nerveuse dès le lendemain, la rivière éclate, déborde et s’étend...
Faut-il que cette réunion soit étrange pour produire ce résultat?


(...) Et après (le Bon-Dieu coolie) ils font une cérémonie, et ils
viennent faire tous leurs rituels au bord de la mer. Et le lendemain matin, la
mer devient houleuse (...). Tu as la mer qui devient houleuse, la rivière qui
déborde, parce qu’ils font ça à l’embouchure, la rivière grossit, la rivière
quitte son lit, et puis tu as... Ce ne sont pas des histoires! C’est du vécu,
parce que moi j’ai vécu ça.
Voici donc une pièce à conviction de plus dans l’affaire du culte
indoantillais. Occasion de pactiser avec des divinités pour l’obtention de
guérisons, offre de sacrifices humains, d’enfants, culte non chrétien qui a une
influence sur la mer... l’imaginaire de l’Indien diabolique est donc riche de
stéréotypes qui incriminent une composante ethnique de la société martiniquaise.
Il faut préciser qu’il n’est pas toujours fait mention de rapports avec le
diable dans ces entretiens, et que, nous nous en sommes aperçus, nos
informateurs insistent dans la plupart des cas sur la spécificité de l’univers
religieux indien. Mais nous avons pu constater également qu’en parallèle le
phénomène de diabolisation restait le même, quand l’officiant ou le participant
de la cérémonie de Bon-Dieu coolie était comparé à un engagé.

Il est certain que cette cérémonie présente extérieurement des signes qui
pourraient contribuer à la création ou à l’alimentation de ces représentations.
En effet, des sacrifices sont bien réalisés, mais il s’agit là, bien évidemment,
de sacrifices d’animaux et non d’humains. De plus, des vœux sont effectivement
formulés au cours du Bon-Dieu coolie. Ces deux caractéristiques présentent donc
une analogie avec ce qui a été dit de l’engagement avec le diable, et il est
possible qu’elles aient été, en conséquence, chargées d’un sens identique à
celui que donne l’imaginaire collectif aux actes de l’engagé diabolique. Mais
finalement, c’est globalement plutôt dans le degré particulier de créolisation
des indo-martiniquais qu’il faut chercher la véritable source de ces
représentations.
Singaravelou fait en effet remarquer dans un article de la revue Espace
créole
(Singaravelou, 1976 : 95-107) que la créolisation des Indiens
n’atteint pas le même degré en Guadeloupe et en Martinique. Plus faible en ce
qui concerne cette dernière, la créolisation des Indiens en Guadeloupe, nous
explique-t-il, est en revanche fort importante en raison d’un affaiblissement de
leur résistance à cette dynamique, affaiblissement dû à la diversité ethnique
des immigrants arrivés sur l’île. Car cette population était composée d’autant
de Dravidiens du sud que d’Indiens du nord, ces deux sous-ensembles humains
vivant séparés par la langue, les coutumes et les habitudes alimentaires.
L’auteur note ainsi (1976 : 106) qu’:


Un tel laminage culturel interne au groupe indien, dû à la présence des deux
sous-groupes évoqués plus haut, a affaibli considérablement la résistance des
Indiens à la créolisation. La situation est sensiblement différente à la
Martinique où le groupe indien est homogène et composé uniquement de Dravidiens
comme nous le montre un rapide examen des patronymes indiens.

Cette homogénéité a permis d’éviter toute perte par érosion interne et de
conserver mieux qu’en Guadeloupe certaines traditions ancestrales, et par la
même d’offrir une plus grande résistance à la créolisation. Un exemple de ce
genre est la «montée sur le coutelas» pratiquée lors des cérémonies
religieuses.
Il serait donc intéressant de savoir si les représentations que nous avons
examinées concernant la population indienne sont identiques en Guadeloupe. Il
est fort probable qu’elles n’aient pas la même ampleur, précisément en raison de
la plus forte créolisation de ses membres et, par là, de ses traits culturels
originels. En tout cas, concernant le contexte ethnographique qui nous occupe,
il apparaît évident que les stéréotypes remarqués sont issus de cette situation
de cohabitation ethnique particulière.

Nous avons donc tenté d’esquisser un tableau d’ensemble des représentations
de l’Indien «diabolique», de ces représentations qui participent, à leur
manière, de l’imaginaire du pacte. Et nous allons à présent, poursuivant notre
exploration, écouter une histoire. Une histoire qui se donne sous la forme de
récits, de récits qui rendent compte d’une mystérieuse affaire d’engagement. Et
qui sont les protagonistes de ces récits? Des Indiens. Des Indiens engagés. Des
Indiens diaboliques...

Lovely
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Re: Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

Message par Padma le 22.02.13 14:20

les sacrifices humains...ça se fait encore ?? affraid
quelle horreur ces croyances !


Padma
admin
admin


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Re: Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

Message par Lovely le 22.02.13 19:02

malheureusement oui

Lovely
Modérateurs
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Re: Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

Message par Padma le 22.02.13 23:50

Enfin,connaissant les limites de l'humain...ça ne m'etonne qu'à moitié.Sa barbarie est sans limite Rolling Eyes .

Padma
admin
admin


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Re: Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

Message par Lovely le 23.02.13 0:01

Entièrement d'accord avec toi Aneyssa

Lovely
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Re: Le commerce diabolique - vaudou et sacrifice humain

Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 10:52


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